J’ai accueilli cette semaine au Parlement européen les représentants de JRS-Europe, une ONG internationale qui accompagne des réfugiés, ainsi que les partenaires du projet DEVAS, venus d’un peu partout en Europe (23 États membres) pour participer à la présentation des résultats d’une étude- relativement conséquents : un rapport de plus de 400 pages ! – sur l’effet de la rétention sur la vulnérabilité des demandeurs d’asile et migrants en situation irrégulière en Europe.
Objectifs de cette rencontre : dans le contexte actuel de refonte des textes sur l’asile, sensibiliser les parlementaires et réfléchir à des alternatives à la rétention.
Près de 685 entretiens avec des migrants détenus ont été menés: c’est ce qui fait la force et l’intérêt de cette étude qui s’appuie, pour connaître les effets de la rétention, sur le vécu des premiers concernés ! Au-delà de la variété des cas abordés, on s’intéresse ici non seulement aux personnes traditionnellement considérées comme des « personnes vulnérables aux besoins particuliers », mais plus largement à toutes les personnes en situation de rétention, en montrant que l cela affecte tout le monde, quel que soit l’âge, le sexe, le statut juridique ou la durée de rétention.
Plusieurs constats s’imposent :
- plus la rétention est longue, plus la vulnérabilité augmente, et plus les conséquences en sont visibles.
- de même, lorsque la rétention dure et que le migrant ne dispose d’aucune information sur l’issue de sa rétention, sa santé physique et mentale se détériore en conséquence, d’autant que les soins médicaux nécessaires ne sont pas toujours disponibles ;
- des facteurs sociaux de vulnérabilité s’ajoutent aux facteurs environnementaux: du fait de l’isolement, les relations avec le « monde extérieur » des personnes retenues sont très limitées, ils ont notamment de grandes difficultés à contacter leurs proches;
- enfin, de nombreux témoignages traduisent le sentiment pour les personnes retenues d’être assimilées à des criminels, du fait d’un environnement de type carcéral, ce qui a un impact majeur sur la santé mentale et l’image que le migrant a de lui/elle-même.
Étant donné le coût non seulement financier mais surtout humain que joue actuellement la rétention dans le système européen de gestion des flux migratoires, il faut sérieusement s’interroger sur l’efficacité de tels procédés. Les chefs d’États et de gouvernement seraient bien mieux inspirés de tirer les leçons de cette réalité pour, à l’inverse, mobiliser les finances publiques dans l’amélioration des garanties procédurales et protection des droits des migrants. A nous, parlementaires européens, de réagir pour adapter la législation actuelle à ce type de réalité !

