Ces dernières semaines, nous avons débattu au Parlement Européen de la stratégie 2020 présentée par le président de la Commission Européenne Jose Manuel Durao Barroso le 3 mars dernier. Ce document intitulé « une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive » prend la suite du document communément appelé « stratégie de Lisbonne » qui fixait les objectifs socio-économiques de l’Union pour la période 2000-2010.
Tout le monde s’accorde pour constater l’échec de la stratégie de Lisbonne. En effet, nous devions, ces 10 dernières années, faire en sorte d’être « l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde ». Le résultat aujourd’hui n’est pas évident… Pourquoi un tel échec?
Tout d’abord, comme cette stratégie n’était pas assortie d’objectifs chiffrés et contraignants, ils sont restés trop vagues, et laissés au bon vouloir des Etats membres. Par ailleurs, le budget alloué à la mise en oeuvre de cette stratégie n’a pas été à la hauteur. Deux écueils largement suffisants pour expliquer que cette série d’objectifs soit restée en grande partie irréalisée.
Or, en 2010, force est de constater que la donne a été bouleversée. La crise mondiale financière, puis économique et sociale a frappé les Européens de plein fouet, et aujourd’hui le chômage dépasse les 10%. Ce n’est pas un événement mineur et c’est pourquoi une réaction forte et déterminée était indispensable. Par ailleurs, la conscience de l’urgence climatique et environnementale a beaucoup progressé chez les responsables politiques et dans les opinions publiques. On aurait pu espérer que, forte de l’analyse de l’échec de la stratégie de Lisbonne, et dans un contexte de bouleversements socio-économiques et environnementaux, la Commission établisse un programme stratégique en conséquence.
Malheureusement, ce n’est pas le cas.
Le document fixe des priorités de croissance intelligente (basée sur une économie de la connaissance et de l’innovation), durable (économe en carbone, en ressources et plus compétitive) et inclusive (c’est à dire en favorisant la cohésion sociale et territoriale), priorité qui devront se décliner sous la forme de 5 objectifs chiffrés (le détail ici).
Sur le fond, le compte n’y est pas. Ces objectifs ressemblent pour une grande part à ceux de Lisbonne, établis il y a 10 ans. Aujourd’hui, l’urgence doit être de sortir l’Europe de la crise en luttant prioritairement contre le chômage. Quels outils pour une véritable relance économique coordonnée, comment créer des emplois durables et non délocalisables, comment renforcer les droits des travailleurs, leur assurer une sécurité sociale professionnelle? Voilà quels devraient être les premiers objectifs de l’Union, et qui permettraient ainsi de pouvoir lutter véritablement contre les inégalités et la précarité. Nous avons plus que jamais besoin de donner un contenu à l’Europe sociale.
Ensuite, sur la méthode, il y aurait beaucoup à revoir.
Pour appliquer cette stratégie, chaque État doit traduire les chiffres en objectifs nationaux, et établir un rapport annuel au Conseil Européen. L’Espagne avait proposé qu’en cas de non-respect des objectifs, des sanctions financières, et notamment le non versement de certains fonds européens, soient utilisées comme pressions sur les États. Cela n’a pas été retenu.
De l’aveu même de Barroso, « si les Etats membres ne jouent pas le jeu, il ne se passera rien. »
Tout est dit.
Angela Merkel a déjà fait savoir ses réserves sur cette stratégie. Elle demande entre autres, un débat avec le parlement allemand avant de se prononcer.
Car voilà un autre élément qui manque terriblement dans cette stratégie, malgré le débat que nous avons eu fin février et le vote de cette semaine, le Parlement Européen n’a été que très peu consulté dans l’établissement de cette stratégie. Nous ne votons qu’une simple résolution sur le sujet, le reste se joue uniquement entre la Commission et les gouvernements.
Si cette stratégie, pour nous faire avancer collectivement, doit imprégner tous les échelons européens, tous les États mais aussi le niveau local, il aurait été infiniment plus astucieux et efficace de mieux associer le Parlement Européen, les Parlements nationaux et les collectivités locales, afin de puiser une substance concrète et adaptée et de renforcer la légitimité démocratique de l’Europe et de ses politiques socio-économiques.
Cette stratégie « Europe 2020 » laisse déjà, avant même d’être validée par le Conseil Européen, le sentiment d’une forte occasion manquée dans la construction d’une Europe sociale et durable.


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