le communiqué est disponible à la fin de l’article
Décidément, ces temps ci, les enjeux de la maternité sont au coeur de nombreuses polémiques.
Il y a quelques jours, Elisabeth Badinter jetait un pavé dans la mare avec son livre « La femme et la mère ». Elle y réaffirme avec la force et la détermination qu’on lui connaît que les femmes ne doivent pas se laisser enfermer dans un unique rôle de mère. Elle dénonce la dictature de la « mère parfaite », celle qui doit allaiter, cuisiner bio et renoncer aux couches jetables, au nom du bien-être de l’enfant et d’une certaine vision de l’écologie. Elle voit même dans ce mouvement une tendance assez insidieuse à sur-valoriser la mère au foyer, au titre qu’une carrière professionnelle serait un danger pour l’épanouissement optimal de ses enfants. Je ne peux que m’inquiéter avec elle de ces dérives.
Je suis plutôt bien placée pour savoir que mener de front une carrière bien remplie tout en ayant des enfants est un défi très difficile à relever quotidiennement ! Mais les femmes ne doivent jamais oublier qu’une activité professionnelle reste une garantie pour bâtir leur autonomie. Et il nous faut nous battre contre l’idée qu’une femme qui travaille et qui n’a pas renoncé à sa vie de femme serait une mauvaise mère ; c’est un piège grossier ! Et parce que la cuisine ou les tâches ménagères incombent encore malheureusement dans leur immense majorité aux femmes, et non aux hommes, nous devons refuser que le bien-être de l’enfant soit une source d’inégalité supplémentaire entre les parents.
A l’opposé, je lis aujourd’hui qu’en Angleterre, une directrice d’école est retournée à son poste de travail 7h après son accouchement, soit disant en pleine forme, parce qu’elle souhaitait montrer ainsi un « exemple » aux jeunes filles élèves de son école ! Pour sortir de l’alternative caricaturale entre la femme au foyer qui renonce à sa carrière et la femme active qui serait une mauvaise mère, elle choisit donc d’amener son bébé sur le lieu de travail… On atteint là les limites du ridicule ! On se souvient également de Rachida Dati, sur le perron de l’Elysée pour le Conseil des ministres, 5 jours à peine après avoir accouché. Le mythe de Super-Woman est tout aussi vain que celui de la mère parfaite.
Aujourd’hui, nous avons voté en commission FEMM au Parlement Européen de la directive sur le congé maternité. Nous nous sommes battus (oui, il y a des hommes dans la commission FEMM, bien présents et très actifs !), derrière notre collègue socialiste portugaise Edith Estrella notamment pour imposer un congé paternité obligatoire de deux semaines. Maternité et paternité doivent en effet être complémentaires dans ce domaine aussi, et il est fondamental que les deux parents soient auprès de leur nouveau né, afin qu’ils partagent avec le maximum d’équité le début de cette nouvelle étape de leur vie… même si deux semaines, c’est bien court!
Mais il s’agit d’un symbole. En rendant obligatoire un tel congé paternité, rémunéré à 100% du salaire, on travaille à l’évolution des mentalités et on combat cette idée finalement terriblement conservatrice que la responsabilité du bien être d’un nouveau né serait de l’exclusive responsabilité de sa mère. Allaitante ou pas, par ailleurs…
Dans le même temps, nous avons obtenu un congé maternité à 20 semaines minimum dans toute l’Europe.
Je suis fière de participer à ce combat, celui qui consiste à garantir des droits pour les femmes, à protéger leur place dans la société et à faire en sorte de rééquilibrer un peu les schémas dans lesquels nous risquons régulièrement d’être enfermées.
Définitivement, le féminisme a encore de beaux jours devant lui !
Télécharger et lire le communiqué de Sylvie Guillaume à propos du vote en commission FEMM sur le congé maternité en cliquant ici

c’est génial