Suite aux violences dont plusieurs centaines de travailleurs africains ont été récemment les victimes à Rosarno en Calabre, le groupe S&D au Parlement européen a envoyé fin janvier une délégation afin de mieux identifier les causes de ces actes haineux.
Il ressort de cette mission qu’une lecture univoque de ces événements dramatiques est impossible. Plusieurs grilles d’analyse se cumulent.
Tout d’abord, l’influence de la mafia locale, la ‘Ndrangheta, et de l’économie souterraine : elle est permanente et il est clair que son rôle, s’il n’a pu être prouvé qu’il a été direct, a toutefois été majeur dans les attaques physiques envers ces migrants. Ceux-ci étaient près de 70% en situation régulière, mais n’avaient pas de contrats de travail ; ils se sont rebellés contre l’exploitation dont ils faisaient l’objet, avec des salaires pitoyables et des conditions de vie exécrables. Par ces violences, qu’elle a objectivement orchestrées en lançant de fausses rumeurs, la mafia a voulu asseoir davantage une autorité qui lui était contestée.
Ensuite, la question agricole : la réforme de la Politique Agricole Commune a rendu dérangeante la présence des travailleurs saisonniers en raison de subventions calculées non plus sur la base de la récolte obtenue mais de la surface exploitée ; pour un prix de revient de 6 centimes le kilo d’oranges, à quoi bon dès lors continuer à payer – même au lance-pierre – des ouvriers agricoles !
Enfin, un clair déficit d’intégration : même s’il apparaît que les Calabrais en général, et la population de Rosarno en particulier, ne sont pas a priori fondamentalement xénophobes, il n’en demeure pas moins que la relation avec les populations étrangères a toujours été inexistante.
Plus que jamais, ces événements posent ainsi la question pour l’Union européenne de se doter de règles claires sur l’accueil de travailleurs saisonniers, pour lesquels il faut empêcher qu’ils ne soient réduits à des situations de quasi esclavage. C’est ce que la Présidence espagnole de l’Union européenne cherche à mettre en avant dans ses priorités, notamment dans la relance d’une Europe sociale qui intègre les travailleurs étrangers à part égale avec les travailleurs européens. Mais une majorité des Etats-membres préfère négliger la question de l’immigration légale pour se concentrer sur la lutte contre l’immigration clandestine…
On voit aussi que les politiques d’intégration font cruellement défaut (l’Italie dépense ainsi 36 fois plus d’argent pour les centres de rétention que pour les politiques d’intégration) et que cela peut déboucher sur des situations tragiques. Ici encore l’Union Européenne a toute sa part à jouer pour relever le défi de l’intégration.

