
Brushing blond et tailleur violet cintré ; voix posée et phrasé déterminé ; répartition équilibrée entre « improvisation » et lecture de ses dossiers bleus posés à proximité, Viviane Reding, commissaire nommée pour la Justice, les Droits fondamentaux et la Citoyenneté, a été conjointement passée sur le gril pendant trois heures, mardi 12 janvier, par trois commissions parlementaires (LIBE, AFCO et FEMM).
Je vous avais parlé de la préparation minutieuse de ces auditions (voir ici) ; force est de constater qu’il y a eu peu de place pour l’improvisation : une minute pour les questions des MEPs, deux minutes pour les réponses de l’aspirante commissaire et pas de « droit de suite » si la réponse ne… répond pas ! A peine ce bel ordonnancement a-t-il été perturbé par la chute intempestive des dossiers bleus (« La justice et les affaires intérieures tombent ») et l’intervention rageuse et sans micro d’une MEP d’extrême droite, mais comme c’était en hongrois, je n’ai pas tout saisi à ses vociférations…
Viviane Reding n’est pas une débutante ; elle a été parlementaire nationale, députée européenne et commissaire sous Prodi puis Barroso I. Mais son portefeuille est passé de « Culture », à « Justice, Droits fondamentaux et Citoyenneté » après être passée par « Société de l’information et des Médias ». Elle dispose, du fait de cette expérience, d’une très large palette de connaissance sur de nombreuses thématiques, sur les procédures, les outils et les rapports de forces, ce qui constitue des atouts-maîtres. Elle connait « la maison » et cela s’entend dans son discours sur les différents concepts.
Mais au final, c’est peut-être cette expérience qui laisse paradoxalement un goût d’inachevé, car Viviane Reding a été d’une extrême prudence. Si je devais résumer, je dirais que la Commissaire a pris soin de ne prendre aucun risque sur aucun sujet, tout en en parlant plutôt bien ! Elle a peu exprimé de convictions personnelles et a pris peu d’engagement ferme -et notamment pas sur une directive horizontale protégeant les citoyens contre les discriminations- ; elle est restée vague sur les moyens d’action qu’elle compte se donner sur de nombreux items. Elle m’a en outre donné le sentiment ne pas vouloir froisser les Etats membres s’il advient qu’ils soient en désaccord entre eux ou/et avec le Parlement européen –ce qui risque d’être le cas sur plusieurs sujets !-
Enfin, il y a fort à parier que la séparation en deux du portefeuille précédemment détenu par Jacques Barrot, entre elle et Cecilia Malmström (Affaires intérieures) et habilement concoctée par José Manuel Barroso, génèrera quelques conflits de territoires entre les dimensions « sécurité » et « droits fondamentaux et libertés ». Ca pourrait être le cas sur les politiques d’asile et d’immigration, la protection des données personnelles, la lutte contre le terrorisme et la protection des citoyens.
Je résume : Viviane Reding est une bonne communicante, mais il lui reste à passer d’une posture de commentatrice à celle d’actrice engagée sur des sujets délicats. Mais, pour elle comme pour d’autres (voir la prestation de Cathy Ashton), les doutes ont leur temps pour s’exprimer et la mise en action le sien pour s’épanouir.

Bons commentaires de Sylvie Guillaume.
Et merci pour cet effort nous rendant le PE présent dans nos régions.
mpl
excellente analyse Sylvie. Viviane Reding est une excellente communicante….mais saura t-elle s’impliquer dans les sujets délicats qu’elle aura à traiter, saura t-elle faire preuve de courage??? je crains bien que non la connaissant comme je la connais. Mais, cela dit on peut avoir de bonnes surprises…
Très intéressant commentaire…
Il me semble qu’il démontre par l’analyse qu’il existe des limites à ce que l’on peut attendre aujourd’hui de l’Europe. Par la recherche impossible d’un compromis acceptable par une majorité (même qualifiée) de sensibilités très différentes (par l’orientation politique, la culture nationale, …) un exécutif européen est limité et condamné aux pas de fourmi dans ses ambitions supranationales…
Sans compter la pression économique du mondialisme libéral, le traité de Lisbonne montre déjà ses limites, … à dépasser…
Raison de plus pour affirmer une ambition renouvelée vers un fédéralisme européen !
[...] assisté et participé à deux d’entre elles, et non des moindres : celle de Mme Reding (ici) et celle de Mme Malmström (Affaires [...]