Arrivée de migrants en Corse
Publié par admin dans Actualité française, Immigration et Asile, communiqués le 27 jan 2010 | 1 commentaire
Ce qui s’est passé ce week-end à propos des 124 migrants débarqués en Corse vendredi 22 janvier dernier est tristement symbolique de la politique menée par le ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale Eric Besson.
Les personnes, découvertes vendredi sur une plage à proximité de Bonifacio, parmi lesquelles se trouvaient des femmes enceintes et des nourrissons, ont d’abord été installées dans un gymnase de la ville, ce qui a constitué une réponse de première urgence.
Elles ont fait savoir qu’elles venaient de Syrie et subissaient de mauvais traitements en raison de leurs origines kurdes et fait connaître leur volonté de demander l’asile. Qu’elles aient été victimes de réseaux de passeurs -contre lesquels il faut continuer d’agir fermement- et qu’elles aient, semblerait-il, détruit leurs papiers d’identité ne change rien aux faits : elles sont en demande de protection internationale et leur demande doit être examinée avec attention. Il ne s’agit pas d’accorder l’asile de façon automatique ou discrétionnaire, mais de traiter dignement des êtres humains et de respecter les règles.
Cela n’a pas empêché les autorités de les considérer comme des délinquants. Ces demandeurs de protection ont été transférés sur le continent vers plusieurs Centres de Rétention Administrative et placés en situation de privation de liberté. Éric Besson justifie cet enfermement au motif que c’était le seul lieu où ils pouvaient bénéficier de la présence de médecins, d’interprètes et d’avocats. Quelle ironie ! Je crois plutôt qu’il a voulu faire un exemple et montrer par ce biais sa « fermeté » vis à vis d’un « marché de l’immigration » qu’il n’a de cesse de dénoncer.
Dès lors que les personnes avaient fait savoir leur souhait de demander l’asile, elles auraient dû avoir la possibilité de déposer leur demande et d’être conduits dans des Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA). C’est précisément dans ce sens que les Juges des Libertés ont statué, à Marseille, Nîmes, Rennes, Toulouse et Lyon, et ont ordonné leur libération et leur droit à mener leur demande d’asile dans le cadre de la procédure normale.
C’est un désaveu net pour le ministre de l’immigration et les autorités préfectorales, qui s’entêtent à qualifier tous les migrants comme des délinquants, qui refusent de distinguer les migrants économiques des demandeurs d’asile fuyant des persécutions, et considèrent avec suspicion tout demandeur d’asile comme un fraudeur potentiel. Ce parti pris est inacceptable, et un peu d’humanité face à ces situations humaines souvent dramatiques de la part du ministre Éric Besson et ses services ne seraient pas du luxe.
Alors qu’Éric Besson annonce une loi de circonstance pour le premier trimestre 2010, je tiens à rappeler que les procédures d’asile relèvent de la compétence européenne. Au Parlement Européen, j’ai été nommée rapporteur sur la directive des procédures d’octroi du statut de réfugié, et nous travaillons actuellement sur l’harmonisation européenne des procédures. Le comportement du Ministre de l’Immigration est assez symptomatique des réticences des États Membres à construire un régime d’asile européen commun, et leur propension à se refermer dans une posture défensive.
Ce n’est pas en considérant les migrants qui viennent demander protection comme des envahisseurs, comme le fait Monsieur Besson, que nous arriverons à anticiper et régler ce type de situations. C’est au contraire en bâtissant une plus grande solidarité entre les États que nous permettrons aux demandeurs d’asile d’être accueillis dignement partout en Europe, et à leurs demandes de protection d’être traitées dans la sérénité nécessaire à ce type de cas.
Pour en savoir plus:





Deslandres Monique
28 jan 2010
Je ne peux que vous encourager en tant que députée européenne en charge de l’harmonisation pour le droit d’asile d’avoir une attitude ferme pour le respect de ce droit. Surtout que cette harmonisation ne se fasse pas au plus petit dénominateur.
Notre humanité vaut mieux que ces calculs sordides.